Cinq récits trop souvent tus...

Violence familiale en Fédération russe, esclavage sexuel en Inde, auto-immolation dans les républiques d’Asie centrale, violence contre les femmes et VIH ainsi que mariages de compensation, sujets trouvant trop peu d’écho dans les médias, font l’objet des cinq récits compilés en 2007 par le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA).

Depuis 2006, le Fonds marque le début des 16 journées d’activisme contre la violence dirigée contre les femmes par cinq récits qui ont été passés sous silence, sous-estimés par les médias mondiaux ou dont ils n’ont tout simplement pas eu connaissance. Les 16 journées vont du 25 novembre au 10 décembre, Journée des droits humains. C’est à cette date que l’Assemblée générale de l'ONU a proclamé la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948.

Ces récits et les fiches de renseignements qui les accompagnent mettent en lumière le fléau de la violence contre les femmes et proposent des recommandations concrètes sur la manière de combattre cette épidémie mondiale.

Cinq récits
En Fédération de Russie, on estime que 14 000 femmes sont assassinées par un proche chaque année. Cela signifie qu’une femme est tuée par son compagnon, son époux ou son ami toutes les 35 minutes. Pour mettre ces nombres en perspective, le bilan annuel de la violence familiale est comparable au nombre total officiellement publié de soldats soviétiques tués pendant les 10 années qu’a duré le conflit entre l’Union soviétique et l’Afghanistan.

En Inde, la sélection prénatale du sexe aboutit à une modification de la proportion entre les sexes : le nombre de filles et de garçons nés dans une population donnée. Les chercheurs estiment qu’il "manque" à ce jour entre 40 et 50 millions de filles, qui ne sont jamais nées en raison d’un avortement volontaire ou qui ont été tuées peu après leur naissance.

Résultat : un accroissement du trafic des jeunes femmes issues des castes inférieures et de l’étranger que l’on force à un véritable esclavage sexuel domestique. Dans les foyers qui ne peuvent pas s’offrir plus d’une femme, ces jeunes femmes, souvent appelées Dipraudi, sont parfois forcées de pourvoir aux besoins sexuels non seulement de leur "mari" mais aussi à ceux de leurs frères et des autres hommes de la famille.

Tous les ans, la proportion de femmes infectées par le VIH continue à dépasser celle des hommes. Bien que les femmes soient de deux à cinq fois plus susceptibles, pour des raisons biologiques, de contracter le VIH d’un partenaire masculin, un autre facteur entre en jeu : la violence contre les femmes. Cela inclut la coercition, le viol en temps de guerre, la pratique du «nettoyage des veuves», la violence familiale, et la mutilation génitale féminine/excision. En effet, des études montrent que les femmes victimes de violence au foyer ont 10 fois plus de chances d’acquérir le VIH, le virus qui provoque le SIDA.

La pratique de l’auto-immolation en Iraq du Nord, en Iran, au Pakistan, en Ouzbékistan et au Tadjikistan se produit souvent en réponse à la violence familiale à composante sexiste. Bien que les nombres soient difficiles à préciser, la recherche suggère qu’ils augmentent à mesure que se poursuit la crise économique dans ces pays et que de plus en plus de jeunes filles et femmes ne voient pas d’autre échappatoire.

La coutume ancienne de mariage de compensation répandue dans la province de la frontière nord-ouest du Pakistan, en Afghanistan, dans des parties du Moyen-Orient et en Afrique sub-saharienne consiste à imposer un mariage à une fillette comme compensation d’un meurtre commis par un membre de sa famille, ou comme compensation d’une dette, ou encore comme règlement d’autres disputes inter-ethniques ou familiales.

Cette pratique est appelée Swara au Pakistan, dans d’autres pays, elle est appelée Vanni. Quel qu’en soit le nom, les mariages de compensation sont largement utilisés comme moyen de maintenir la paix entre les communautés et les familles. Cependant, les filles très jeunes ainsi arrachées à leur famille finissent systématiquement maltraitées et forcées à une vie d’esclavage au foyer de leurs "ennemis".

Ces récits (en anglais) et d’autres figurent sur le site de l’UNFPA, en tant que contribution du Fonds aux 16 journées d’activisme de la campagne contre la violence contre les femmes.

Source : UNFPA, 27.11.2007